Bref historique

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L’ermitage et la chapelle de Bermont

-Greux – Vosges-

« Je suis née en un village qu’on appelle Domremy de Greux, auquel lieu de Greux est la principale église. »
(Jehanne d’Arc – Procès)

Chapelle de l'ermitage

« Jehannette allait souvent à l’église ou ermitage de la Bienheureuse Marie de Bermont, près de Domremy, alors que ses parents la croyaient aux champs, à la charrue, ou ailleurs. »
(Procès en nullité – Enquête en Lorraine – 1456)

L’ermitage de Bermont est situé dans le département des Vosges, sur le territoire de la commune de Greux, à 3 km au nord de Domremy. A l'écart de la route de Vaucouleurs, sur un petit plateau boisé, il domine de 73 mètres la vallée de la Meuse.

La chapelle a été fondée au XIème siècle par l’abbaye bénédictine de Bourgueil (diocèse d’Angers), sur les terres de l'évêque de Toul. Une bulle datée de 1004 du pape Sylvestre II cite la chapelle de Bermont comme appartenant à cette abbaye. Elle est à l’origine dédiée à Notre Dame. Le culte de saint Thibaut de Provins, mort en 1066 en Vénétie à Sossano, au diocèse de Vicence et canonisé en 1073, s’y ajoute à la fin du XIème siècle, au retour de ses reliques, en Champagne, en 1075.

En 1263, l’abbaye de Bourgueil céde l'ermitage de Bermont à Joffroi de Bourlémont, homme-lige de l'évêque de Toul ; en 1265, le seigneur de Bourlémont réunit l'ermitage de Bermont (« la maison de Biaumont avec ses dépendences et les rentes et acquêts de la tenue de ladite maison, ainsi ceux qu’il pourroit faire, soit en four, moulin, étang ou autrement, afin que des rentes de ces maisons … ») à l'hospice Saint-Eloi qu'il entretient à Gerbonvaux (aujourd'hui sur la commune de Martigny-les-Gerbonvaux - Vosges) afin d'accroitre les revenus de cet établissement qui accueillait les pauvres et les malades de passage ou les pèlerins en route pour Saint-Jacques-de-Compostelle. En échange de ce don, les religieux de Gerbonvaux devaient « chanter (la messe) en la chapelle de Bermont au moins trois fois dans la semaine » : cet engagement était encore tenu lors des nombreux passages de Jehanne d'Arc à Bermont.
Les Bourlémont et leurs successeurs se réservent le droit de nommer le maître (directeur) de l’hôpital jusqu’au début du XVIIème siècle. Ils confient d’abord, jusqu’aux environs de 1500, la direction de l’hospice et donc celle de Bermont, à l’abbaye prémontrée de Sept Fontaines (diocèse de Langres). Puis la désignation varie : le maître de l’hôpital est soit un religieux soit un laïc, parfois le curé d’un village des environs.

Bermont est donc un ermitage, rattaché à un hospice. Les ermites, dépendant des prémontrés, faisaient vœux de pauvreté de chasteté et d’obéissance à leur évêque ou à leur supérieur.

Ce sont eux qui accueillent Jehanne d’Arc qui se rendait, presque tous les samedis, en pèlerinage à la chapelle de Notre Dame de Bermont, pour « prier et y porter des cierges ». Les témoignages de ses contemporains, consignés en janvier 1456, à l'occasion du procès en nullité de sa condamnation, sont unanimes à souligner son attachement à l’humble sanctuaire.
Le Pape Pie XI, dans sa lettre apostolique « Galliam Ecclesiæ filiam primogenitam » proclamant Notre Dame de l’Assomption, patronne principale de la France et sainte Jehanne d’Arc, patronne secondaire, écrivait à ce propos : « Car d’abord, c’est sous le patronage de Notre Dame de Bermont… qu’elle (Jehanne) entreprit… une si grande œuvre…qu’elle délivra sa patrie… et rétablit le sort de la France. »

interieur chapelle de l'ermitage

En 1619, les héritiers des Bourlémont cèdent leur droit de patronage laïc aux oratoriens de Nancy. L'ermitage reste occupé par des ermites, sous la dépendance des oratoriens.

Au cours de la guerre de Trente Ans, les suédois ravagent la contrée. Ils détruisent, en 1635, le village de Greux et son église, mais épargnent l'ermitage de Bermont.

En 1789, la chapelle menace ruine et les abris des ermites sont en majeure partie détruits.

En 1793, à la révolution, l’ermitage de Bermont avec ses dépendances (16 hectares) est vendu comme bien national et morcelé. La statue de Saint Thiébaut du XIVéme siècle est brisée.

En 1806, se déroule le dernier pèlerinage à saint Thibaut : on recourait à ce saint pour se protéger des grandes sécheresses ou des pluies trop abondantes.

Le 16 mars 1835, la chapelle et l’ermitage, comprenant 3 ha. 6 a de terre, sont rachetés après de nombreuses difficultés, à ses 32 propriétaires en indivision, par Claude-Jean-Baptiste Sainsère : la chapelle est dans un état de délabrement critique.

Dans la nuit du 9 au 10 juin 1835, une partie de la toiture s’effondre, précipitant les travaux. M. Sainsère fait restaurer la chapelle et construire l’habitation voisine où il demeurera jusqu’à sa mort en 1848. Il repose dans le cimetière des ermites au chevet de la chapelle.

En juin 1839, le Ministre de l’Intérieur charge l’Inspecteur Général des Monuments Historiques de visiter Bermont dans l’une de ses tournées et de lui faire un rapport.

En 1844, Cl-J-B Sainsère demande officiellement le classement de la chapelle.
Après s’être rendu à Bermont, en juillet 1846, Prosper Mérimée, Inspecteur Général des Monuments Historiques propose au Ministre de classer la chapelle et d’accepter la donation proposée à l’Etat par CL-J-B Sainsère. Ces propositions seront abandonnées par l’Etat, en décembre 1848, en raison des délibérations négatives des communes de Domremy (délibération du 27 septembre 1846), de Greux (délibération du 11 octobre 1846) et du Conseil Général des Vosges (délibération du 3 septembre 1847) qui ne souhaitent pas assumer les frais de fonctionnement de l’ermitage, évalués à cette époque à 30 francs.

A noter que le classement proposé par Prosper Mérimée aurait fait de Bermont le premier site classé en France.

Ce classement demandé par J-C-B Sainsère sera effectif en 1998...

De 1848 à 1902, la propriété de Bermont se transmet par héritage dans la famille Sainsère, qui y réside peu. De 1856 à 1876, des prêtres occupent ponctuellement l’ermitage.

Le 10 juillet 1878, Mgr de Briey, évêque de St Dié, organise, en protestation contre les festivités prévues pour le centenaire de la mort de Voltaire, un pèlerinage national à Bermont qui réunit plus de dix mille personnes. C’est le premier grand pèlerinage au berceau de Jeanne d’Arc. Cette même année nait l’idée de la fondation d’un sanctuaire national à Jehanne d’Arc : Mgr Dupanloup et la duchesse de Chevreuse retiennent le lieu de Bermont pour son édification.

Mais le 27 juillet 1878, le domaine de Bermont est acheté par Melle Villain, cuisinière de la duchesse de Chevreuse, qui avait eu connaissance de ce projet et se proposait d’ouvrir elle-même un orphelinat… Cette péripétie conduit à retenir le site de Bois Chenu pour la construction du Monument National à Jeanne d’Arc, ébauche de la future basilique. Par la suite, l’autorité diocésaine désavoue Melle Villain et la famille Sainsère retrouve sa propriété.

En 1883, Mgr de Briey, soucieux de l’avenir de Bermont, émet le souhait d’y installer des religieux assomptionnistes. Ce souhait reste lettre morte…

Le 8 mars 1889, un certain M. Offrion loue Bermont pour y fonder « l’Orphelinat National Jeanne d’Arc » et y installe un aumonier. Ce dernier “causant préjudice” au développement du Monument National en construction à Bois Chenu, Mgr Sonnois, évêque de Saint-Dié, jette, en décembre 1890, l’interdit sur Bermont qui retombe dans l’oubli.

En juin 1902, Bermont est cédé par Olivier Sainsère, protecteur de Picasso, conseiller d’Etat, futur Secrétaire Général des services du Président Poincaré durant la guerre de 1914-1918 et arrière petit-neveu de C-J-B Sainsère, à l’Association des Amis de Jeanne d’Arc, fondée afin de veiller à la conservation de l’ermitage : en sont membres les abbés C. Bourgault, curé de Greux et de Domremy, et A. Michel, vicaire à la cathédrale, messieurs J. Bouloumié, administrateur des eaux de Vittel, P. Buffet et J. Michel, maire de Greux, sous la présidence d’honneur de Mgr Foucault, évêque de Saint-Dié. En raison du souhait de O. Sainsère de voir s’établir une œuvre à Bermont, l’association met l’ermitage à la disposition de l’œuvre du « Rayon de Soleil pour la Jeune Fille », fondée à Paris à la fin de 1902, afin d’accueillir des colonies de jeunes ouvrières. En 1904, l’œuvre est placée sous le patronage de Notre-Dame de Bermont et de Jehanne d’Arc, et organise sa première colonie à Bermont.

Cette association cède elle-même Bermont à l’association diocésaine des Amis de Jeanne d’Arc, créée en 1925. Les colonies de vacances de la cathédrale de Saint-Dié s’y dérouleront jusqu’à la fin des années mille neuf cent soixante-dix.

Dès 1944, le pèlerinage annuel à Notre-Dame de Bermont, est organisé par les paroisses de Domremy, de Greux et des environs, chaque 1er dimanche d’août.

Le 10 septembre 1948, l'actrice Ingrid Bergman à la fin du tournage du film "Jehanne d'Arc" visite la chapelle de Bermont.

Le 3 août 1958, ce pèlerinage, « pour la paix dans le monde et pour les vocations sacerdotales et religieuses », se déroule sous la présidence de Mgr Brault, évêque de Saint-Dié.

Le 5 septembre 1976, la statue de Notre Dame de Bermont (XIVème siècle), devant laquelle Jehanne d’Arc a si souvent prié, quitte la chapelle de Bermont pour être transférée à la basilique de Domremy qui fête le cinquantième anniversaire de sa consécration.

Le 8 décembre 1992, l’Association « Notre Dame de Bermont – Sainte Jehanne d’Arc » est fondée en vue « de la restauration, de la gestion et de l’animation de l’ermitage, dans le respect et la continuité de son passé ». Un bail de longue durée est conclu à cet effet avec le diocèse de Saint-Dié.

Le 4 juin 1994, Mgr Paul-Marie Guillaume, évêque de Saint-Dié, consacre la chapelle au Sacré Cœur et au Cœur Immaculé de Marie.

Le 30 juin 1998, la chapelle de Bermont est mise à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, « en tant que témoin de l’épopée johannique », après l’annonce, le 10 mai précédent, des découvertes de peintures murales représentant Jeanne d’Arc.

Le 2 septembre 2000, Mgr Paul-Marie Guillaume solennise la translation des reliques de saint Thibaut.