Maurice Barrès

Version imprimableversion PDF

Maurice Barrès : Les Amitiés Françaises, 1916

 

Philippe à Domremy :

« - Qu’eussiez-vous donc voulu ? me dit-t-on.
« - Des perles.
« - Oui, tout simplement, je voudrais que, dans la claire fontaine où Jehanne, au pied du Bois Chenu, de plaisait, je voudrais que sous les murs de la chaumière, je voudrais qu’à l’ermitage de Bermont, la France suspendit de purs colliers de perles. »

 

L’enfant dans la prairie :

«  A une heure de Domremy, hors de la route et dans les bois, s’élève encore, auprès de la fontaine Saint-Thiébaud, cette chapelle de Notre-Dame de Bermont où l’enfant, presque tous les samedis, venait et priait en écoutant la cloche.
C’est là qu’il faut aller si l’on veut avoir avec Jehanne le plus sûr trait d’union. Sur le chemin, les jeunes filles que je rencontre et qui portent toutes la halette lorraine  sont pour moi baignées de respect. L’ombre de Jehanne est sur cette vallée comme un mystérieux clair de lune.
La fontaine n’a pas changé ; la voici au milieu des fleurs d’aubépine, d’églantier et de houx qu’elle cueillait, tressait en guirlandes et offrait aux saints patrons de l’ermitage, à saint Jean, à sainte Anne à saint Thiébaud dont les barbares statues encore debout sont toujours consultées, écoutées. Dans le silence  de cette solitude, le cœur de la jeune fille exhala d’infinies méditations. Jehanne était un grand poète qui venait dans ce désert prendre l’ordre de ses voix. »