Sermon Bermont

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Sermon prononcé à la chapelle Notre Dame de Bermont ,

le vendredi 6 janvier 2012 ,

lors de célébration de la messe solennelle de l’Epiphanie

 

Abbé Jacques Olivier

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen.

 

Mes biens chers frères,

 

Ce n’est pas un hasard.

 

Ce n’est pas un hasard si le 6 janvier 1412, Jeanne d’Arc a choisi la fête de l’Epiphanie pour naître à Domremy, comme si cette fête des rois venant adorer Dieu roi de l’univers annonçait déjà la mission qu’elle aurait elle auprès du roi de France, une mission venant de Dieu.

 

Ce n’est pas un hasard, si 900 ans plus tôt, le 3 janvier 512, sainte Geneviève entrait dans l’éternité, après avoir sauvé Paris, protégé la France, et conduit sa conversion à la foi chrétienne, aux côté du roi Clovis et de la reine sainte Clotilde, aux côtés desquels ses restes reposeront, dans l’abbaye Ste Geneviève qu’elle a fondé, jusqu’à sa destruction en 1793.

 

Ce n’est pas un hasard, si le nom même de Domremy, et le patronage de l’église sont ceux du saint qui a baptisé Clovis et la France, sur les fonds baptismaux de Reims, là même où Jeanne d’Arc viendra faire sacrer le roi Charles VII, en couronnement de sa mission.

 

Ce n’est pas un hasard si la naissance de Jeanne en 1412 est l’inverse de celle de saint Louis, en 1214, lors même que Jeanne d’Arc affirme que du haut du ciel saint Louis et Charlemagne ont prié pour la libération de la France.

 

Ce ne sont pas des hasards, car c’est bien la Providence de Dieu qui guide toute la mission de Jeanne d’Arc, qui en est la seule explication possible, à travers les apparitions de saint Michel, de sainte Catherine et de sainte Marguerite, envoyés de Dieu, pour parler aux hommes et manifester sa volonté.

 

Une Providence divine qui nous ramène à l’étoile des rois mages, une étoile suivie depuis l’Orient lointain jusqu’au petit village de Bethléem, qui montre la foi de ces hommes devant le mystère de Dieu, qu’ils suivent jusqu’au bout, sans toujours savoir où cela va les mener, mais dans la foi et la confiance. Une étoile, que certains pourront nommer aujourd’hui avec humour une « bonne étoile », mais qui est avant tout une lumière. Cette lumière de la foi, qui selon saint Jean est le signe du Verbe fait chair, celle qui « illumine tout homme » celle qui « est venue dans le monde ».

 

Cette lumière qui est la volonté de Dieu pour nous. Car nous avons tous notre étoile : une étoile qui nous guide vers Dieu et nous appelle à le rejoindre. Oh, bien sûr, une étoile qui n’est pas dans le ciel, qui n’est pas la même pour tous, qui brille de différentes manières, plus ou moins longtemps et plus ou moins visiblement. Mais qui toujours nous indique la route à suivre pour accomplir dans notre vie la volonté de Dieu, si nous gardons les yeux sur elle, sans la laisser disparaître, derrière les ténèbres de notre orgueil.

Une étoile, qui brille sans doute au-dessus de Domremy en cet hiver 1412, que peut-être personne n’a remarquée alors, mais qui va changer le monde. Dans le silence de la neige, à quelques pas de la frontière, dans un humble hameau qui n’est pas même une paroisse, naît une enfant comme les autres, mais que Dieu a choisie entre toutes pour accomplir devant la face des hommes sa volonté. Une volonté à tel point impossible que les milliers de livres sur le sujet à travers les siècles n’ont rien fini d’expliquer, et que les ignorant raillent, transforment, inventent et mentent pour ne pas avoir à accepter l’inévitable présence de Dieu qui se manifeste.

 

Une situation aujourd’hui qui n’est pas sans similitudes avec l’Epiphanie du Christ, qui lui aussi, dans le silence et l’humilité vient apporter le salut aux hommes, alors même qu’il sera rejeté par beaucoup, raillé, crucifié, dénaturé. Comme si c’était seulement possible ? Pascal a écrit une phrase merveilleuse pour nous éclairer sur ce mystère : « Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire ». Devant une manifestation de la divinité, l’homme sincère est porté à la foi, mais celui qui ferme son cœur peut toujours trouver des arguments contraires…

 

Oui, il y a bien des similitudes entre l’Epiphanie, et cette naissance de Jeanne ; entre la venue du Christ sur la terre et la mission que Jeanne va mener. Comme si le Christ agissait toujours un peu de la même manière. Regardons ces cadeaux que les rois mages apportent : l’or, la myrrhe et l’encens.

 

L’or ne symbolise-t-il pas la royauté ? Le cadeau fait aux rois, qui montre la richesse, la gloire et la puissance ? Cet or qui permet d’acheter toutes choses et de gouverner ? L’or peut-être même de la couronne et du sceptre, insignes du pouvoir que Jeanne fait mettre par l’Eglise sur la tête du dauphin à Reims…

 

La myrrhe, symbole de l’embaumement, du Christ offrant sa vie pour les hommes, comme grand prêtre du monde à venir, n’est il pas aussi le symbole de la souffrance ? Une souffrance qui est à la racine de tout amour véritable, de tout don parfait ? Une souffrance qui ne cesse dans la vie de Jeanne, qu’elle soit physique, dans les flèches reçues à la bataille ou les tourments de la prison, ou morales, devant la médiocrité des hommes qui doutent de sa mission ou la rejettent, devant ses juges, qui essaient de mettrent en contradiction les lois de l’Eglise avec Dieu.

 

Et ne peut-on voir dans l’Encens, parfum offert à Dieu, qui monte devant son trône dans une fumée d’agréable odeur, une image déjà du bûcher, où le corps de Jeanne se consumera, en ultime offrande de sa vie à celui qui est tout pour elle, et à qui elle consacre les derniers mots de son existence terrestre : Jésus ?

 

Cette année, nous fêtons Dieu dans ses saints. Dans ce 600ème anniversaire de la naissance de Jeanne d’Arc, nous avons une âme qui suit la volonté de Dieu dans tous les actes de sa vie. Et devant nous, l’enfant de la crèche sourit. Il sourit aux mages qui ont suivi la route montrée par l’étoile jusqu’au bout. Il sourit à Jeanne qui accomplit la mission apportée par son conseil et qui sauve la France par son humble soumission. Il sourit, sans doute, encore et toujours aux hommes de bonne volonté, qui prosternés aux pieds de son trône le prient de venir au secours de leur pays qui souffre, et qui demandent « que votre volonté soit faite ». Amen.

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit. Amen.